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 Contes et Légendes d'Ailleurs: Amanpeine

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Nusenism
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Nusenism


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MessageSujet: Contes et Légendes d'Ailleurs: Amanpeine   Contes et Légendes d'Ailleurs: Amanpeine Icon_minitimeMar 24 Jan 2012 - 12:06

Ça fait pas mal de temps que j'avais cette nouvelle en cours, alors j'ai pris un peu de mon temps ce matin pour la terminer.
Je l'ai imaginée un peu au feeling, et elle ne prend part ni à l'univers d'Elemsis, ni à celui Liève. C'est quelque chose à part, écrit pour le fun.

Contes et Légendes d’Ailleurs
Amanpeine


Cathédrale de Lyre, 1872.

Le sol est froid, la pierre est dure. Je trempe dans une humidité désagréable. Poisseuse. J’entends des gouttes et des pas qui résonnent. A l’extérieur, en bas, un fiacre passe sans s’arrêter. Je ne la sens plus, où est-elle ? Après tous ces efforts pour la retrouver, je ne veux pas m’endormir. Mais chaque seconde la pierre devient plus accueillante. Elle semble se réchauffer tandis que je refroidis. Ceux qui passent m’ignorent. Ils ne me voient pas. Qui suis-je ? Que suis-je ? Mes souvenirs remontent si loin, si loin avant moi … J’y retourne.


Cathédrale de Lyre, 100 ans plus tôt

Je pourrais dire qu’il s’agit de moi, puisque je partage ses sens, mais laissons à mon hôte ce qui lui appartient. Un homme de taille moyenne, encore jeune, contemplant une cathédrale déjà ancienne, majestueuse et robuste. Everell Saure, tel est son nom. Ses cheveux sont noirs, son visage quelconque, son passé insignifiant. Un monsieur-tout-le-monde, pensera-t-on. Pourtant, quelque chose le distingue. La larme. Everell Saure pleure celle qui ne le voit pas. Il pleure celle qui ne le pleure pas. Son œil droit cligne, voit, se meut, mais son œil gauche, terne est gris, distingue le présent comme un passé, immobile. Et sur sa joue, une larme s’est figée, immortelle. La larme par l’œil du passé, symbole présent d’une tristesse future, éternelle et pourtant encore inconnue.

J’ai déjà vu tout ça, dans mes rêves, mais Everell semble toujours le vivre pour la première fois. Je voudrais lui crier, dans sa tête, d’aller la chercher ! De courir dans la cathédrale et d’en gravir les marches à toute vitesse. Mais il ne m’entend pas. Je suis un spectateur. Everell rumine car elle est en retard. Il regarde à gauche, à droite, devant derrière… mais pas en haut. Il tripote nerveusement sa montre à gousset dorée, puis il se tourne vers la porte de la cathédrale et entame un long hurlement de haine, car elle n’est pas venue. Pendant ce temps, derrière lui, un vent funeste se lève. Il siffle comme un serpent mortel, et s’écrase dans un fracas d’ossature brisé. Toujours hurlant, Everell titube et tombe, la main sur le cœur, à genoux. Il fait volte-face, péniblement, alors qu’il sent la vie s’évaporer. Et lorsqu’il la voie, son hurlement de haine se mue en cri de désespoir.
Ainsi Everell Saure s’éteignit, transpercé de part en part après la chute mortelle de son aimée, tas de haillons sanglants, nuque, bras et jambes formant des angles interdits. Certains dirent que c’est une crise cardiaque qui fit littéralement exploser le cœur d’Everell. D’autres crurent que son lien avec la belle était si fort que la fin d’une vie engrangea immédiatement la fin de l’autre. Et moi qui suit là, invisible, j’aperçois une vapeur argentée s’échapper du corps de la Dame de Lyre. Son âme s’enfuit, et je quitte cette époque pour m’éveiller dans mon lit, en sueur.


Quartiers du centre, Lyre, 1871

A présent que le corps dont je partage les sens est bien le mien – du moins je crois – je vais devoir révéler mon identité. Je suis Frédérick Peine, un journaliste œuvrant pour le meilleur quotidien de la ville, nommé Toutàlyre. Mes articles en font la Une depuis quelques mois, et les plus anciens reporters me regardent d’un mauvais œil. Ils ont quelque difficulté à admettre qu’un petit jeunot vole la vedette aux rédacteurs chevronnés qu’ils sont. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est qu’au-delà du talent, il y a la chance. Et moi, j’ai beaucoup de chance.
Je me lève et éponge ma sueur, car mine de rien, je me réveille d’un songe pas spécialement agréable. Je me rends dans la modeste cuisine de mon plus que modeste appartement. Je bois un café, et j’enfile des vêtements pour sortir. Je sens qu’aujourd’hui sera une grande journée. Comment le sais-je ? Aucune idée. Un pressentiment. Et j’aime suivre mon instinct, alors je m’y fie, n’adressant de prières qu’à Dame Chance.

Au dehors, je m’apprête à arrêter un fiacre pour me rendre aux bureaux, puis je me ravise. Mes quelques pièces de cuivre seront plus utiles pour me payer un repas. J’écume les ruelles, à l’affût de découvertes sur mon chemin matinal. Mais je ne rencontre que misère et banalité. Hors les gens ne veulent pas du banal, et je n’aime pas écrire sur la misère. Je laisse ça aux moins efficaces d’entre nous, histoire qu’ils aient l’impression d’avoir un travail intéressant. J’arrive sur la grand-place, et mon attention est immédiatement attirée par les grands échafaudages qui tapissent la cathédrale. Elle est en rénovation depuis un certain temps. Des cris éveillent ma curiosité. En bas, un ouvrier est assis, entouré de ses compères qui avancent et reculent, comme s’ils voulaient le réconforter tout en le craignant. Il est vrai que ses grands yeux exorbités lui donnent un air fou, voire possédé. Il regarde partout, effrayé. Comme je ne crois pas au diable, je l’approche.
« Que s’est-il passé, mon brave ? »
Il ne me voit même pas. Mais il a du m’entendre, plus ou moins car dans son délire, il bégaye l’ombre d’une réponse.
« L’â…l’âme en peine, celle qui s’est brisée ! Elle l’aura ! Aaah ! »
Ces quelques mots décousus, appliqués aux souvenirs de mon ami d’autre-temps feu Everell Saure, vont constituer le point de départ de ce qui va être le plus grand article de ma vie. Dame Chance, c’est trop d’honneur…


Bureaux de Toutàlyre, Lyre, 1872

Depuis un an, je cours après elle. Je ne consacre qu’un maigre temps au reste, et si j’ai réussi à conserver mon emploi, je ne suis clairement plus la vedette, au grand plaisir de tous mes collègues. Durant cette année, les asiles de fous et les morgues ont connu une activité croissante. Amanpeine est devenue le fantôme le plus craint de la ville, le principal sujet de discussion à la nuit tombée, l’argument des parents pour ne pas laisser les enfants sortir le soir. Et je suis probablement le seul vivant ici à la poursuivre plutôt que la fuir. Les grands hommes sont souvent des grands idiots pour qui ça a bien tourné. Quelqu’un de très sage disait ça, même si j’ai oublié son nom. J’espère que sa théorie s’appliquera pour moi.
Mon dossier se complète, j’ai réuni des tas d’informations. Le fantôme, dont l’existence ne fait plus l’ombre d’un doute, ne se meut que dans les vieux quartiers. Uniquement ceux qui existaient il y a cent ans. Elle hante la cathédrale tous les vendredi, et l’œil attentif peut apercevoir sa forme argentée sur le toit, près de la statue à sa propre effigie. Bientôt, bientôt j’aurais tout ce qu’il me faut. Mais avant ça, dernière épreuve, dernier boulot : je dois rencontre le fantôme de la Dame. Une discussion si possible, un cliché pour l’article, indispensablement. Je quitte donc le bureau, sous le regard emplit d’indifférence de mes collègues.


Cathédrale de Lyre, 1872

Me voila à la cathédrale. Depuis l’année dernière, les travaux sont presque terminés. Des ouvriers y travaillent toujours, mais ils oeuvrent dans le détail, si bien que les échafaudages pour la rénovation massive on été retirés. La bâtisse est à nouveau belle, majestueuse. Effrayante même, lorsque l’on connait son histoire. Alors que je gravis les marches vers la grande porte, le souvenir ressurgit. Je me retourne, mais pas de cadavre non. Nous ne sommes pas il y a cent ans. Je frissonne malgré tout, puis j’entre dans la froideur des lieux. Je traverse d’une traite la salle de prières, j’adresse une révérence rapide à l’évêque, occupé près de ses cierges, et je me faufile dans une ouverture à gauche. Cela mène à d’étroits escaliers en colimaçon, interminables. Et au fur et à mesure que je tourne, je m’imagine la belle, courant en pleurs, vers le sommet. Je m’imagine Everell la poursuivre, quatre à quatre, chose qu’il n’a pas faite, puisqu’il ignorait tout de sa présence en ces lieux.

J’atteins finalement le toit, constitué d’un ultime bâtiment, mi-clos, abritant le clocher, et d’un large balcon bordé d’un mince, d’un frêle parapet. J’avance prudemment. Le fantôme de la Dame est-il là ? On ne dirait pas. Pas encore. Mais nous sommes vendredi. Elle viendra. Au centre du balcon fut érigée une statue. Elle est nommé Dame de Lyre. Les gens ne sont pas certains qu’elle représente celle que je crois, mais c’est pour moi une certitude. J’ai vu son visage, bien qu’elle fut morte et dans un état pitoyable, c’est bien la même. La statue est réussi, mais elle ne lui rend pas le quart de sa splendeur. Sauf dans les yeux, et le cristal qui orne son cœur. Ils semblent comme vivants. Nul homme ne supporte le regard de la statue. Depuis sa création, il est de notoriété publique qu’on ne peut soutenir ses fausses pupilles bien longtemps. Etrangement, je peux. Non sans désagrément, mais j’ai l’impression de la comprendre. De me fondre dans la peine d’une vieille amie.
Soudain, une voix retentit derrière moi. Masculine et comme brisée.
« Elle ne viendra pas. »
Je me retourne subitement. Je fais face à une vapeur argentée humanoïde, mais ce n’est pas la dame. Je comprends alors, que nous nous méprenions, que je me méprenais. L’âme en peine n’était pas la Dame. C’était Everell. Puis un éclair, une tension me met à genoux. Tout finit par disparaître, je suis aveuglé par un improbable éclat de noir.

Lorsque mes yeux se rouvrent, ce n’est pas moi qui m’en sert, mais eux qui me contemplent. Je ne suis que vapeur informe, sans l’éclat d’argent qu’avait le fantôme. Je ne suis pas destiné à persister. Mon propre corps, à présent orné de cet œil gris et immobile, ma joue dans laquelle s’est sculptée la larme figée, tout ça se meut, me traverse comme si rien, et dépose un baisemain sur la statue de la Dame de Lyre. Dans les yeux et le cœur de cristal de celle-ci, on jurerait déceler un éclat.

Le sol est froid, la pierre est dure. Je trempe dans une humidité désagréable. Poisseuse. J’entends des gouttes et des pas qui résonnent. A l’extérieur, en bas, un fiacre passe sans s’arrêter. Chaque seconde la pierre devient plus accueillante. Elle semble se réchauffer tandis que je refroidis. Ceux qui passent m’ignorent. Ils ne me voient pas. Qui suis-je ? Que suis-je ? Mes souvenirs remontent si loin, si loin avant moi …
Alors, après un grand rêve retraçant deux vies, mon âme brisée s’éteint. Mon article fera un carton, et il paraîtra sous mon nom. Mais celui qui va réellement jouir de ma vie et de mon corps, se nomme Everell Saure.

FIN
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